Un beau fronton de pierre immaculé, un burin bien affûté, un solide maillet. Et puis, voilà, toujours la même histoire : quoi écrire encore?
L’Autofictif 6048
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eh oui, quoi écrire encore, je vous le demande, quand l’inspiration n’est plus au rendez-vous (et c’est pas la première fois), que le puits est à sec, ou le semble tel, que le feu sacré, l’a-t-il jamais été? n’est plus qu’une menue flamme au bout d’un couloir qui s’allonge à mesure qu’on y avance, sans porte ni fenêtre d’un côté ou de l’autre pour peut-être s’esquiver dans un imaginaire en bulles de savon, surréaliste par ses toiles d’araignée même, bizarre, grotesque parfois, souvent en partance de nulle part, toujours inconséquent, capricieux et déraisonnable,
ah! cet imaginaire en quoi je crois plus qu’au réel, lequel, réel, n’en est jamais que variante matérialisée, que virtualité cimentée, que rêve cloîtré derrière la façade trompeuse et mouvante de fausses pérennités,
le mensonge est à l’ordre du jour
la vérité reléguée au placard des artifices
l’affabulation et le masque en vitrines
vécus incorporels incorporés
oui, cet imaginaire auquel je m’accroche comme à une bouée de sauvetage dans la mer démontée de nos illusions, ma planche de salut comme ultime recours dans le chaos numérisé de notre déshumanisation, mon bouclier d’intégrité contre les assauts malséants des pensées violées et des désirs éventrés,
que dis-je et qu’à cela ne tienne encor je lève l’ancre
capitaine d’un vaisseau à propulsion névralgique
je file toutes pulsions haussées sur l’océan cosmic
vers la galaxie où rejoindre ma belle potentielle
j’ai tout le temps, tout l’univers
tout le passé, tout l’avenir
l’atlas à l’oeil, l’âme quantic
et le présent élastic
pour honorer ma belle
une étoile diadème au front
un collier de lunes au cou
au doigt l’éclat d’une supernova
sa robe une épopée astrale
elle m’attend sur le quai
des amours impossibles
ainsi, de cet imaginaire qui ne me fait jamais défaut même quand je gémis devant le lac asséché de l’inspiraion, de cet imaginaire citadelle de l’invraisemblable, forteresse des idées les plus folles et des aspirations les plus saugrenues, de cet imaginaire témoin de ma déroute je tire la force de m’élever contre notre fiction sociale aplatie de bêtise, je hisse bien haut le pavillon de ma liberté et ma belle saute à bord pour ensemble naviguer sur les courants irrésistibles de l’espace-temps,
temples en ruines, domaines à ériger
lamentables murs des lamentations
comme devanture de crimes inavoués
tours et autres précipices de l’odieux
somptueux palais d’amours libérés
plages de souvenirs et de passions
qu’on s’échange à la lueur des galaxies
paradis nichés dans l’écrin de l’invisible
tout est possible dans l’espace-temps
le virtuel en instance de réels
tout y est à croire, tout y est à faire
l’exploration, but ultime de l’existence
tant de vécus, tant de morts
l’espace à portée de main, le temps
ah! le temps! miroir de notre imaginaire
elle et moi infrangibles photons d’amour
ainsi va m’imaginaire qu’il s’écrit de lui-même dans le vide intersidéral et dans le coeur de ma belle, qu’il file comme vecteur d’information tel un trou noir en expansion, m’imaginaire qui ne se veut ni vérité, ni mensonge, mais tout et rien à la fois, authentic et illusoire, spontané et depuis toujours réfléchi et qui baigne dans l’océan intime des bosons primordiaux,
voilà, j’ai tout dit et je n’ai rien dit dans l’arène du non-sens et de l’inspiration déprogrammée,

