le froid
y fait pas chaud, non les aminches, le froid polaire nous fige dans notre confinement et vous savez ce que j’en pense, du confinement : une assignation à domicile, une incarcération volontaire, l’État policier masqué smiley (Big Brother c’est tellement 20ème siècle!), donc y fa frette, pis en osti du crisse, qu’à cela ne tienne, on se réchauffe com on peut et voilà-t-y pas que je tombe par hasard — c’est toujours par hasard (que j’ai tendance à vouloir écrire azar), spas? hasard qu’on pourrait définir com le labyrinthe des synkronicités, — sur une vidéo live de Shakira, alors là pas de panique, le genre musical de Shakira c’est pas mon bag, mais je dois avouer que dans la vidéo en question elle est une véritable bouffée de chaleur, que dis-je une bouffée, un feu qui embrase toute la salle, et cette complicité entre une artiste et son public est belle à voir, cet amour partagé, cette idôlatrie pour le coup et on veut toucher l’idole et l’idole se laisser toucher (pareil par exemple avec Iggy Pop dans la vidéo suivante), talentueuse la madame, je peux pas le nier, sémillante aussi, un souffle du Sud sur la glace du Nord,
Shakira, Whenever, Wherever pour dire vrai c’est la seule toune d’elle que je connais et que j’aime bien, le reste com j’ai dit c’est pas mon bag,
Iggy Pop, Lust For Life par contre, Iggy Pop, ça c’est mon bag et com Shakira & ôtres idoles il n’a pas peur de se laisser toucher par ses fans,
mon état de santé
bof, je vieillis, mon corps défraîchit, mais mon esprit reste alerte et mon coeur meurtri a beaucoup guéri, parlant de coeur, j’ai fait un petit infarctus le 25 décembre dernier, je me suis réveillé avec une barre en travers de la poitrine et le bras gauche endolori jusqu’au bout des doigts, surtout le majeur, ç’a duré toute la journée, ç’a m’a flanqué une frousse du cibolac, quoique retenue, je sais me tenir, j’aurais dû filer à l’urgence, l’ai pas fait, me disait bon, c’est une indigestion, mais une petite voix dans le fond de ma tête disait j’ pense pas, moé, c’est ton coeur, l’épais, pas ta digestion, j’en parle à mon médecin quelques jours plus tard, suivent par après électrocardiogramme, exercice de stress cardiaque sur un tapis roulant et rendez-vous avec le cardiologue, soit un caillot de sang qui s’est finalement défait a causé l’infarctus, c’est son avis, soit un spasme qui a gelé mais pas de froid un bout du muscle, traitement pilules pour neuf mois, plus un vaporisateur nitro au cas où, prise de sang dans un mois, je le revois en juin,
je pensais indigestion ou voulais penser indigestion parce qu’il me reste que deux dents en bas, j’ai un dentier au top, c’est pas terrible pour mâcher, c’est mauvais pour la disgestion com de raison, or donc j’ai pu avoir une consultation à la clinique de denturologie de l’université du Manitoba et fin février un étudiant ou une étudiante, sous supervision on s’entend, m’arrachera les deux dents et m’organisera un dentier et même si ça coûtera moins cher que chez le dentiste, je serai cassé, mais au moins j’aurai des dents,
suis suivi aussi pour un lymphome lymphocitaire non agressif, un cancer du sang com la leucémie mais en mode mineur, je peux vivre avec le restant de mes jours, pas de traitement drastique, de la vitamine D pour le moment, 2 000 UI par jour, prise de sang fin mars, je revois la spécialiste en avril, non, pas revoir, rendez-vous téléfonic,
et, depuis un an, une pilule deux fois par jour pour contrer le diabète, chu pas diabétic, plutôt à la frontière de, pis une pilule pour l’hypertension, prise de sang fin février pour mon médecin pour savoir si on poursuit ou si on arrête,
pis mes jambes que toulmonde sait sont plus du tout ce qu’elles ont été,
et pourtant, et pourtant, rien de tout ça ne m’inquiète réellement, ça m’embête, les rendez-vous, que j’aurais préférés doux, les prises de sang, les pilules (on verra si je les prends toutes jusqu’au bout), ça m’importune, ça m’enquiquine, mais ça me tourmente pas, j’ai des étoiles dans la tête et j’écris au lieu,
dialogue
— pourquoi tu racontes ça?
— ben, parce que,
— mais encor?
— pour en informer mes proches, disons,
— d’habitude ça se fait en privé, non?
— tu sais, moi, les conventions, pis j’aime bien dire du haut des toits, j’aime aussi m’assoir au bout de la Voie Lactée, les pieds ballants com au bord d’un quai, et lancer les mots dans l’univers com des bouteilles à la mer, n’importe quels mots, pis le privé, quoi? d’un état de santé? ben non, c’est le sort de toulmonde, y a pas de honte à ça, la honte vient des mercantiles qui s’acharnent sur nos données, le privé est ailleurs, le privé est dans l’amour et dans l’amitié,
taquineries
l’infirmière me demande d’ôter mon t-shirt pour apposer sur mon thorax une dizaine de récepteurs reliés à l’ordinateur pour l’examen de stress cardiaque sur le tapis roulant,
moi: I got a bad joke but I won’t say it,
elle: I worked in a gas station, I’ve heard bad jokes before, you can say it,
moi (ôtant mon t-shirt): I’ll take mine off if you take yours off,
j’imagine que chu pas le premier à la lui avoir sortie, celle-là, que voulez-tu, j’ai la blague aisée, je placote et souris beaucoup,
le cardiologue voudra une prise de sang,
moi: you’re de teurd doctor asking for blood, you doctors are vampires,
lui: we like your blood,
bon, allez, je vous laisse avec le docteur Feelgood
Mötley Crüe, Dr. Feelgood

