les tectonics se meuvent :: on fait comme si pas
la géopolitic s’ébranle :: on fait semblant que non
le monde kaotiz à plein :: on fait pas le lien
la Terre tourne, tourne :: on croit la mettre au pas
on fait les cent pas dans le hall de nos illusions, on tourne en rond dans le musée de nos chimères, on tape du pied parce que le monde ne veut plus nous répondre, nous sommes l’îlot occidental rétréci d’influence, un paquebot de luxe à la dérive sur la mer démontée des peuples qui nous refusent, nous n’avons plus d’ancre, non plus d’encre, nous sommes à court d’arguments, notre fiction sociale ne tient plus la route
on panique par en-dedans, c’est de plus en plus évident
pas grave, moi je ris de nous voir si bêtes en nos miroirs & ça me rappelle cette nuit d’été sans lune, je m’étais réveillé, ma chambre était plongée dans le noir, ma fenêtre découpait le ciel étoilé, sans faire de bruit, pantoufles aux pieds, je sortis dehors dans la cour, la ville était tranquille, m’étendis dans l’herbe et plongeai dans l’immensité de la Voie Lactée
tout corps tous sens
tout esprit toute âme
le poids du sol dans le dos, l’odeur de l’herbe dans les narines, le saule pleureur près de la clôture murmurait des idées saugrenues, je filai entre les étoiles et à travers les constellations comme en territoire magic, j’étais rayon de lumière dans la féérie des bras galaxics, poussière d’étoile dans la poussière cosmic et reluquai Andromède à la loupe d’un trou noir
je portais la Terre comme une maison
j’avais mis la lune dans ma poche de pyjama
m’étais fait un collier des planètes
lançais des confettis de rires dans la Galaxie
(je me souviens d’un soir rentrant à la maison je m’imaginais qu’il existait un autre moi sur une planète semblable à la Terre où je grandissais au sein d’une famille fonctionnelle, — ici sur la vraie Terre père buvait, mère nous élevait)
j’avais regardé les étoiles avec émerveillement et fascination tant et tant de fois, mais cette nuit-là sans lune fut différente, je fus transporté, j’étais étendu dans l’herbe et je ne l’étais plus, je sentais la planète sous moi qui me poussait à toute allure dans l’espace et j’étais l’espace qui spiralait comme un vertige autour du noyo galaxic, j’étais si connecté à la Terre et à la Voie Lactée que si je m’étais levé l’axe terrestre aurait vibré et le coeur de la Galaxie aurait soupiré
j’étais moi, j’étais l’univers
j’étais enfant, j’étais années-lumière
le lampadaire derrière le saule me faisait des clins d’oeil, temps d’aller me recoucher
Jeanette, Corazón de poeta

