peinture et fotografie

j’aurais voulu être peintre ou fotograf, com la fois qu’une copine et moi, on descendions de son gros char, elle de son bord, moi du mien, et que le soleil d’un clair avant-midi de printemps se ramassa toultour de sa tête com un concentré de lumière citronnée en tirant des ombres frisquettes sur son visage, et com on dirait ossi que l’enfant aurait continué de faire de l’ombre si on ne l’avait pas tassé de là, je déclarai à ma copine qu’elle était plus belle que belle en cet instant que le soleil l’auréolait et que je prendrais bien son portrait,
itou quand j’ai vu les p’tites culottes à Manon Duval, non seulement je les aurais peintes et fotografiées, Manon et ses p’tites culottes, je les aurais sculptées ossi,
ah, Manon! m’élusive Manon!
ton oeil intelligent, fugace et brun!
ta voix élastic un peu nasillarde!
ton sourire facile et ton rire pas gêné!
ton corps gracile com un serpent sexy!
tes longs cheveux châtains qui m’ont électrifié quand j’y ai passé le bout des doigts un soir qu’on se connaissait à peine et que tu portais courts quand on s’est rencontré quelques années plus tard dans un corridor! l’émotion de te revoir m’a figé sur place pendant les vingt minutes qu’on s’est échangé des nouvelles!
ta façon de me dire bonjour parce que t’étais contente de toi parce que tu t’étais levée du bon pied encor à matin!
tes p’tites culottes! elles m’ont tellement titillé ce jour-là que je les ai vues, tu t’étais assise en face de moi, ton buste aux petits totons tourné un peu de côté pour t’appuyer du coude gauche sur le dossier de la chaise, ta main ballante, ta cheville droite remontée sur ton genou gauche, ta main droite sur ton genou droit, l’air relax, ta jupe avait roulé sur tes cuisses pour me dévoiler l’évidence du blanc bleuté de tes p’tites culottes, qu’il m’a fallu m’excuser à la ronde pour aller me soulager en privé!
cela se passait durant mes années à l’université, ça grouille de belles filles smats, un campus universitaire, je m’en serais sauté plus d’une si je ne m’étais pas retenu, mais j’étais marié, yé, et je me suis retenu, hu,
il y avait la grande Louise, slim com Françoise Hardy, elle faisait dans la filosofie, soudainement, en plein début d’une session, elle fut saisie du scandale des enfants massacrés, frappée dur et du coup ses études, son travail à temps partiel chez A&W, qui coupent les arbres pour faire pousser des vaches pour mettre dans nos hamburgers, son plan de carrière, le sens même de son existence, tout cela prit une débarque du côté de l’intolérable, elle était bien déboussolée, la jolie filosofe, enragée par l’hypocrisie, frustrée par l’impuissance, honteuse et coupable com si le fantôme de Camus lui était apparu pour lui chanter des bêtises, souvent au bord des larmes, ça lui a duré toute la session, c’est peu quand on pense que le massacre dure bon an mal an,
il y avait France Hamel, la plus belle, la plus intelligente, fière et racée com une tragédienne, elle faisait dans l’éducation,
que j’ai désiré, France, ton long corps émotif et blanc!
ses grands cheveux noirs lui coulaient dans le dos com un effet baudelairien, elle était trop belle et trop fine pour que je ne la fantasme pas à bride abattue, une perle rare que je n’ai pas su cueillir, un soir en effet que j’étais étendu sur le sofa com d’habitude, je dormais chez elle une fois par semaine, il faisait noir dans l’appartement, sauf pour la lumière dans l’aquarium sur le bahut dans la cuisine à côté, j’entends un bruissement, des pas furtifs, je m’attends à voir passer un des enfants à France parti pisser, alors que l’enfant abusé part pour nulle part, c’est France elle-même, partie pour son aquarium pour se mettre à contempler ses poissons, penchée par en avant, appuyée des deux mains sur le bahut, la jambe fléchie, la lumière liquide dessinait sa silhouette à travers sa jaquette translucide, ses totons lousses pendaient com des fruits pas gros, ses cheveux mobiles flottaient sur elle com des rideaux de soie,
et moi, et moi, émoustillé, mais beau tarla, au lieu de me lever et de m’approcher d’elle com il se pourrait bien que c’est ce qu’elle désirait, mais le désir est fragile et la mémoire est un filtre, je fis semblant de dormir en la contemplant à travers mes cils,
je regretterai cette occasion manquée jusqu’à la fin de mes jours, j’en fais encor de délicieux cauchemars!
il y avait Danielle, une vraie centerfold, elle sentait toujours bon, elle faisait dans l’éducation elle ossi, puis du diabète, elle me montrait la rotation de ses injections, sur les bras, le droit, le gauche, sur les cuisses, la gauche, la droite, retour aux bras, elle me laissait plonger du regard dans la vallée rosée de ses totons généreux, je l’ai revue quelques années plus tard, elle travaillait dans une banque, temple du diable, amaigrie par la maladie, la vie est vache,
il y avait Barbara, une ontarienne en immersion française, exquise com Isabelle Adjani, radieuse et splendide com une poupée pleine de pep, elle faisait dans la filosofie, on a pondu un essai sur Lénine ensemble, elle nous donnait des rides le soir dans sa coccinelle, je m’assoyais toujours en avant, elle me déposait toujours le dernier, elle n’a jamais voulu qu’on finisse la soirée chez elle,
il y avait Christine, en éducation, une hippie convaincue, mais pas jusqu’à l’amour libre, vu qu’elle avait un chum et que j’étais marié, elle ne voulait pas causer la zizanie, cependant elle me laissait reluquer des parties intimes d’elle, malicieuse, le sourire en coin, com si de rien n’était, quand on travaillait toué deux tuseuls pour notre classe de stylistic, ça pimentait nos heures et on manifesterait plus de passion plus tard avec notre moitié,
tant de belles fams articulées à l’université!
pas une qui m’a harponné com la Duval!
sagittaire com moi, en linguistic elle itou, indépendante et rebelle, drôle et sensuelle, mon miroir femelle, la fam que j’aurais été si j’avais été fam, j’ai longtemps gardé en secret la page centrale d’une playmate qui lui ressemblait, j’aurais donc dû m’organiser pour la sauter au moins une fois, elle, Manon Duval, ça m’est resté de travers de ne pas l’avoir fait, ça n’a pas passé, le feu qu’elle a allumé en moi brûle toujours, moins fort qu’avant peut-être parce qu’avec le temps, va, tout s’en va, mais il ne suffirait que du souffle de sa bouche pour l’attiser, com il ne suffirait que du souffle de l’amour pour sauver nos enfants,
je lui ai déclaré ma passion un soir qu’on ramassait nos affaires dans le casier qu’on partageait, ça l’a flattée, elle a souri, puis, de sa voix nasillarde qui me rendait fou, en branlant son corps com un serpent aux étreintes et aux morsures duquel je m’offrais tout entier, elle m’a expliqué qu’elle appréciait énormément ma compagnie, qu’elle se plaisait avec moi plus qu’avec n’importe qui d’ôtre sur le campus, mais qu’elle s’était embarquée une fois avec un hom marié et qu’elle n’était pas prête de recommencer l’expérience, no way, exactement la réaction à laquelle je m’étais attendu, à mon grand désespoir lucide,
que je l’ai donc aimée d’être pareille à moé!
pour elle j’étais prêt à divorcer, olé!
et pas une seule fois, tout au long des trois ans et demi de notre bac, elle a fait sa mineure en éducation, moi en filosofie, en ôcun de la trentaine de cours qu’on a suivis côte à côte a-t-on travaillé ensemble, on le savait donc que c’était tenter le diable d’un peu trop près!
ah, Manon! m’amour non consommé!
tu marches lumineuse com une fractale dans mes poèmes de l’oeil, c’est toi en personne qui me fait flipper les occurences chez l’androïde androgyne, tu déambules, féminin fétiche, mystérieuse et séductrice, dans mes poèmes de l’âme, c’est toujours toi, m’amie, qui vibre parce que prise d’assaut d’émotion dans un de mes poèmes du sexe, j’ai ensuite écrit les fissures, à travers lesquelles on t’aperçoit encor, présence enchantée dans le jardin de mes amours, alors que l’enfant massacré, qu’on n’a pas aimé, est devenu statistic,
j’ai en outre, bien sûr, fréquenté des copains captivants à l’université,
Raymond, en éducation, mon copain straight de bonne famille viré wild et rock & roll,
Mohammed, le biologiste, mon grand chum aux grandes dents, rude et rieur com un chameau pogné dans le monde libre, il me racontait la variété des sentiers de sable dans son pays, je lui apprenais celle de nos chemins de neige ici,
Payo, le filosofe, l’activiste, l’amigo chilien en exil qui nous chantait des chansons insoumises sur sa guitare, il m’a refilé sa veste en suède à franges et on s’est rendu compte que les Indiens des trois Américs partageaient l’art du vêtement frangé, un an moins un jour après son arrivée au Canada la GRC l’a shippé en Allemagne,
Bernard, qui faisait dans la fysic théoric, grand jeune hom carré extrêmement intelligent, le premier à ma connaissance à se pourvoir d’un four à micro-ondes (genre dinosaure), on discutait des liens nécessaires entre l’apprentissage des mathématics et celui du langage pour la formation de la pensée abstraite dans un univers relativiste transcendé par la spiritualité,
Yves ossi, mon pote Boisvert, le poète, il ne suivait ôcun cours, sinon à l’occasion com auditeur libre, il fréquentait l’université pour s’y marrer, on allions danser sur Jimi Hendrix au Rio les lundis soirs parce que c’était vide à part les bikers au bar,
puis ti-Pierre com de raison,
tous et toutes plus chanceux et plus chanceuses que les enfants exterminés à droite et à gauche, cela va sans dire,
on n’est pas sorti du bordel,

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