part one

Le temps s’en va, le temps s’en va, ma Dame,
Las! le temps non, mais nous nous en allons,
Et tôt serons étendus sous la lame;
Et des amours desquelles nous parlons,
Quand serons morts, n’en sera plus nouvelle:
Pour ce aimez-moi, cependant qu’êtes belle.
Ronsard, Amours diverses, II.

t’as 58 ans et t’es en train de t’amouracher de ta jeune collègue de travail de 23 ans, tu fais quoi?

tu prends le même autobus qu’elle, tu marches au travail et t’en reviens avec elle, elle a la voix douce d’une petite fille, elle te demande ton avis sur des affaires de mecs, tu le lui donnes, tu la questionnes pour la faire réfléchir, elle est sa propre maîtresse, lui dis-tu, sa vie lui appartient,
elle est charmante, vive, délicate et incertaine, elle sourit et elle rit beaucoup, elle te frappe parfois sur l’épaule pour le fun, elle te tire par le bras quand vous marchez dans le milieu de la rue parce que c’est l’hiver, que les trottoirs sont mal déblayés et qu’y a une auto qui s’en vient, elle est agréable et elle semble se plaire en ta compagnie,

tu lui as touché les mains dans l’autobus, des mains de pianiste aux longs doigts fins et gracieux, tu le lui as dit, elle est grande, perchée sur des jambes effilées et très sexy, tu le lui as dit, ses yeux bruns étincellent d’intelligence et tu vois de la naïveté et de la retenue dans son regard, tu le lui as dit, elle marche le dos légèrement arrondi com si elle portait un poids sur ses épaules, ça, tu le lui as pas dit,

aujourd’hui t’as remarqué qu’elle s’était parfumée, c’est la première fois qu’elle porte un parfum au travail, tu t’es rapproché d’elle, t’as respiré profondément, tes sens ont pris feu, tu l’as complimentée, tu voulais lui demander qui elle voulait séduire ainsi, mais tu ne l’as pas fait, elle avait remonté ses cheveux sur sa tête, quelques mèches roulaient sur ses joues, tu aimais ça et tu le lui as dit, t’aurais voulu effleurer des lèvres la courbe parfaite de son cou, tu t’es contenté de la respirer,

tu voudrais l’inviter à partager un café un après-midi après le travail, mais t’oses pas, t’oseras peut-être jamais, t’es vraiment pas sûr, ou plutôt t’es trop conscient de la différence d’âge, crisse, elle est plus jeune que deux de tes propres filles, osti!
mais elle n’est pas ta fille, elle est une belle jeune femme qui t’as capturé l’imagination et qui t’as accroché au coeur, elle te trouble, elle t’obsède, tu veux être avec elle, tu la veux, et tu te dis que c’est juste ta libido qui s’excite, tu te fais des illusions, prends une douche froide, vieux fou, secoue-toi, t’es ridicule,
pourtant t’y peux rien, tu ne fais que penser à elle, t’as même rêvé à elle, tu voudrais lui offrir toute l’attention, toute la tendresse, tout le respect, tout l’humour dont t’es capable à ton âge, tu sais aussi qu’un moment donné il lui faudra bien qu’elle s’acoquine avec un plus jeune, elle a sa vie à vivre, t’as déjà parcouru un grand bout de la tienne, elle est fraîche, t’es ancient et tu ne veux surtout pas lui faire obstacle, tu te retireras s’il le faut…

tu fais quoi? t’es en amour, tu le reconnais bien, ce maudit feeling comme un poignard au coeur, pourtant tu souris parce que c’est bon, c’est si bon de tomber encore en amour, alors tu fais quoi?
tu prends ça mollo, l’ami, tu vas lentement, très lentement, tu veux rien dire ou faire qui jetterait un froid entre elle et toi, tu gardes ton cool, tu te rapproches doucement, prêt à reculer au moindre faux-pas, tu rêves, tu espères, tu imagines…

cela dit, com t’es poète, quoique tourneboulé, tu retournes à ton écriture, ta maîtresse de toujours

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