le jour où l’océan s’est mis à léviter

à Kelly-Jo

je suis un narcisse multiplié par le miroir des faces à toulmonde
ma lumière m’éclaire à gauche, mes folies dansent sur le plancher à droite
ma page blanche m’attire com un trou noir devant
ma vie ratée s’insurge com une chimère derrière
et mes frêles poèmes chutent com feuilles d’automne

dans mon miroir je vois l’oeil de fer de ma mère
et l’oeil de verre de mon père
puis j’y saute com Alice, j’enfourche mon bpc*
et je roule, roule sur les sentiers illuminés de la Voie Lactée

j’écris dans l’interstice des écritures, angoissé je murmure des paroles inaudibles à la proue du néant, je suis tendu com une poutrelle et mes passerelles bloquées s’empoussièrent, cependant que le truc pour vivre, non pas qu’exister, mais vivre, consiste à vibrer au rythme du sentiment du sacré du monde, sentiment bien malmené dans notre fiction sociale mercantile mécréaman, je me faufile en anarchiste dans l’édifice du langage, je ramasse des garnottes de sens dans l’ombre des couloirs pour les garrocher plus tard dans mes pages blanches, com quand j’étions bonhom et que je ramassions des morceaux de mer pour les rapporter en ville, je pose des métafores aux endroits stratégics, puis je décrisse au plus sacrant en riant sous cape
l’océan, donc, tel un poème qui s’écrit tuseul, là, dans la chair du monde, on déchire la chair pour voir comment ça fonctionne dedans ou derrière et voilà-t-y pas qu’on se rend compte qu’on ne peut voir ni dedans, ni derrière, qu’on ne voit que l’interface vivace de la chair déchirée, c’est com les prisons, lesquelles, qu’on se le dise, ne sont fixes qu’en proportion de la volonté qu’on met à s’en faire les prisonniers, qu’on vienne y voir de plus près et on verra bien que c’est dans la tête que ça se pratique, l’emprisonnement, que ça prend racine, que ça commence, dans notre tête, les prisons ne sont solides qu’en proportion de la charge émotive qui nous y claquemure et qui pourrait tout ossi bien nous en libérer
nous soms toulmonde des éventails de possibilités d’évocation magic, voilà pourquoi j’écris, pour le dire, ou ne serait-ce que pour parvenir à pondre un oeuf, l’oeuf de la liberté, disons,
vivre, vous dirai-je, c’est combattre l’immortalité qui nous frise et qui nous brise, d’où l’excitation générale,
je me suis retrouvé écrivain sans écriture, écrivain sans parole, à peine poète, mais que diâb! j’écris pareil!
je mourrai libre d’avoir écrit, puis je serai en pensée sur le bord de la mer quand je mourrai, en Gaspésie dans ma tête, où j’ai mes racines, lesquelles sont ossi des boîtes de conserve, et mon esprit abandonnera mon corps vieilli et partira pour le grand large vers le vaisso fantôme qui l’attend depuis toultemps et sur le pont duquel il se plantera bien solide com un pirate, le jour que je mourrai,
liberté fragile! liberté gracieuse! liberté précieuse!
l’océan, oui, qui s’était mis à léviter d’un bloc, avec poissons et bateaux, protégeant dans des bulles ses créatures attachées au fond et qui ne pouvaient pas le suivre dans sa lévitation, et pas pour longtemps, la lévitation, c’est gros, un océan, disons qu’il s’agirait de l’océan Pacific, mais lévitation quand même, donnant à voir ce qu’il y a en dessous com une vieille madame impudic qui relèverait sa jupe pour nous montrer ses p’tites culottes,
quelle opportunité pour les océanografes d’aller y voir de plus près!
d’aller jeter un coup d’oeil, bref com la vie, puis on meurt, du côté des dessous de l’océan, pas trop longtemps, c’est certain, ça ne peut pas léviter indéfiniment, un océan, mais de même qu’un siècle c’est court quand on pense que le phare d’ Alexandrie a guidé les matelots pendant seize siècles, phare dont on était en train, au moment où j’écrivais ces lignes franchement nautics, de ressortir les ruines du fond de la Méditerranée, ruines qui se trouvaient en plus n’être pas tout à fait les siennes,
de même un océan c’est léger quand on pense au soleil ou disons à Bételgeuse, puis ça non plus c’est pas lourd quand on pense à la Galaxie, c’est gros, la Galaxie, l’océan, comparé, c’est minuscule et ça pèse rien, ça peut donc une fois n’est pas coutume se mettre à léviter, laissant tout à voir, au grand excitement de toulmonde,
tout se passe toultemps tout dans notre tête, moi je voulais refaire la langue et je me suis mis à rêver pour survivre à l’intolérance du réel inquisiteur, j’ai rêvé la plus belle poésie, mais je n’ai pas trouvé les mots pour la dire, Baudelaire a écrit ses Fleurs du Mal, j’aurai écrit un peu de pas grand chose, vu qu’écrire, c’est souffrir et que moi, au lieu, j’aurai rêvé,
l’océan, de son côté, continuait de léviter, ce matin-là, je m’en souviens, une vieille madame dévergondée relevait sa jupe pour nous laisser voir ce qu’il y avait en dessous, des ruines, certes, mais des ruines vivantes, pas mortes, endormies seulement et qui flashent dans la conscience du monde quand on les remonte à la surface com celles du phare d’ Alexandrie, lequel a brillé pendant seize siècles dans la conscience des marins et c’est ce que je redeviendrai, un marin, le jour que je mourrai, un marin fantôme sur un bateau fantôme,
je me lance dans chaque séance d’écriture com s’il s’agissait de la première, com si je recommençais à neuf à chaque fois, com si le fait d’écrire remettait à chaque fois toute l’écriture en cause, c’est éreintant à la longue, ossi parce que je n’ai jamais grand-chose à dire, alors je me mets à le répéter ôtan com ôtan, malgré le passage insoumis du temps rigoleur, et je déroule mes phrases, je les dénude, je les dévide, je m’évertue à leur faire dire ce qui ne peut être dit, je pars de loin, je fais des détours innombrables com si je tournais ôtour du pot, en égrenant mes mots durs com du diamant et fluides com de l’eau, je me rapproche en spirale du centre d’une écriture qui n’en a pas, qui n’en est pas un, surtout pas un centre d’achats, et qui est d’ailleurs rarement une écriture, c’est com la Galaxie, notre galaxie spirale à nous ôtres, notre Voie Lactée dans quoi nous soms, d’où nous venons, où nous allons, et qui se trouve ossi dans notre tête, nous spiralons dans l’espace-temps par cycles pertinents,
j’écrirais sans plus jamais m’arrêter, même pas pour manger, même pas pour dormir, même pas pour mourir, même si j’en mourrais, j’écrirais pendant l’éternité sans rien raconter pour bien montrer que le sens apparaît partout toultemps,
com justement l’océan qui se mettrait à léviter, sous lequel on pourrait s’aventurer pour aller y voir de plus près et ça doit faire une masse imposante à nous flotter par-dessus la tête, alors on ne s’aventure pas trop loin, de peur que la masse d’eau nous retombe dessus, vu qu’on n’aurait ôcun moyen de savoir pour combien de temps il léviterait, l’océan, et on ne saurait pas non plus s’il redescendrait ossi gentiment qu’il serait monté, sans trop faire de vagues, ou s’il se laisserait retomber d’un coup, auquel cas imaginez un déluge d’effets spéciaux hollywoodiens,
j’écris, c’est sûr, pour faire des rencontres et quand on y pense, alors qu’on s’est aventuré sous l’océan pour mieux voir, mais on n’ose quand même pas s’aventurer trop loin, c’est que l’ombre est massive et va bien finir par redescendre, alors que les poissons resteront pour toujours confus d’avoir vu passer du monde sous eux, on se dit qu’une telle masse aura beau nous flotter par-dessus la tête com si Mère Nature nous jouait un bon tour, ça se déroule tout de même dans la Galaxie, or com la Galaxie se trouve en outre dans notre tête, on comprend dès lors que l’océan peut léviter dans celle-là parce que dans celle-ci, conséquemment l’être humain peut léviter, c’est ossi simple que ça, pourquoi écrire, sinon?
écrire pour ne pas mourir, c’est certain, pour ne pas avoir à vivre non plus, c’est sûr, écrire pour voir du paysage sans trop bouger, c’est que le poète, même raté, reste un grand paresseux qui trime dur, écrire pour accéder à la liberté du rêve, liberté bien malmenée dans notre fiction sociale follement économic,
toujours est-il qu’on s’est aventuré sous l’océan, même qu’on s’est aventuré un peu plus loin que prévu et il nous apparaît tout d’un coup que cette masse d’eau qui lévite scandaleusement dans les airs avec bateaux et poissons, masse imposante, certes, mais minuscule quand on pense à celle de la Voie Lactée, se met à redescendre, alors on bat en retraite, on n’est pas fou, on n’a pas envie de périr englouti, même qu’il a l’air de vouloir redescendre assez vite, la panic nous pogne, on se dépêche de remonter le plancher océanic, qui n’est pas sec com de raison, on glisse et on rentre dans des bulles d’espèces enracinées qui ne pouvaient pas suivre l’océan dans ses folies, on se dit en se relevant que ça ne serait pas drôle de mourir noyé à cent mètres de la plage, on accélère pour arriver sain et sauf et un peu honteux sur le sable sec com mon écriture sur le sens omniprésent,
nous soms pensée qui se pense, pensée qui agit et c’est par une belle aube d’été que j’ai vu l’océan léviter entre les buildings, là, au bout de la rue, com un début du monde et on aura beau démonter les métafores pour en exposer au grand jour la mécanic bien réglée en se croyant bien savant, cent mille ôtres vont nous sauter au visage com ôtant de galaxies tournoyant dans l’univers en même temps que dans nos têtes, à l’instar des prisons et d’un océan qui s’est mis à léviter, disons l’océan Atlantic, on s’est hâté parce qu’il nous est apparu qu’il redescendait, on a finalement rejoint la plage, on s’est assis sur une grosse roche, on s’est calmé, on se dit que cet océan redescend com il a monté, doucement, avec décence, en prenant son temps, en faisant com si de rien n’était ou n’avait été, com une vieille madame pas gênée qui aurait soulevé sa jupe pour nous montrer ses p’tites culottes en faisant la taquine et qui la rabaisserait avec application en faisant la décente, on se dit ossi que c’est pas rien que de contempler l’océan qui flotte, là, dans l’aube, entre ciel et terre, au bout d’une rue, pendant qu’on est assis sur une roche pas loin, on se dit de plus qu’un jour on va s’asseoir sur un astéroïde au fin bout de la Voie Lactée pour contempler la vaste immensité qui nous sépare des galaxies nos voisines, elles ossi dans notre tête, on mesurera l’indécence du gouffre qui nous distance les uns des ôtres com si on étions toulmonde des galaxies, on tournera la tête, le cosmos entier basculera et c’est la Voie Lactée dans toute sa splendeur qui s’offrira à notre regard, ses larges bras étoilés ouverts com des offrandes et son bulbe au centre qui nous fixera com un oeil blanc bleu qu’on aurait dans le front, c’est pas rien, com ossi quand on contemplait l’océan qui s’était mis à léviter, oh! pas trop haut tout de même, une centaine de mètres gros maximum, ce qui est considérable quand on songe à la masse d’eau suspendue, avec bateaux et poissons, on était allé voir ce qu’il y avait à voir, puis on s’était dit un moment donné qu’il faudrait rebrousser chemin parce qu’il faudrait qu’il redescende, cet océan, et que ça serait peut-être pas une mauvaise idée de s’ôter de là avant de se faire écraser, on est donc revenu sur ses pas, on s’en est retourné du côté de la plage com Proust, non pas de Rigaud, mais du côté de Combray, puis du côté de Méséglise ossi, on s’est hâté parce que oui, on pense qu’on l’a senti qui commençait à redescendre, faudrait décrisser au plus sacraman, ça serait bête de mourir aplati sous un océan qui avait conçu la fantaisie de se retrousser les jupons, on a qasiman paniqué, com un enfant qui se dépêche entre les bombes, on s’est mis à courir, on a glissé sur une roche poisseuse com mon écriture au seuil du sens, on s’est redressé, on a rameuté ses esprits pour enfin arriver safe sur la plage,
chaque phrase que j’entame s’ouvre sur toutes les directions du monde, et il faudrait déterminer, alors qu’on explorait les dessous de l’océan, lequel avait laissé de l’eau ôtour de ses créatures qui ne pouvaient pas le suivre dans son extravagance, jusqu’où s’infiltre la lumière sous cet océan qui lévite disons d’une centaine de mètres, et que faire des fleuves et des rivières qui continuent de s’y jeter? sans mentionner les mers adjacentes? rien, j’imagine,
océan point pesant comparé à la Galaxie, au centre de laquelle, paraît-il, règne un trou noir d’imposante dimension qui pourrait nous servir de télescope pour voir plus loin dans l’univers, ossi de passage accéléré vers les galaxies nos voisines, et qui pourrait tout ossi bien se manifester com ce troisième oeil qu’on aurait dans le front, alors un océan, Atlantic ou Pacific ou Indien, ça lévite, au grand excitement de toulmonde,
c’est pareil pour les prisons, que nous bâtissons dans l’espace parce que nous les transportons dans nos têtes, ossi simple, et voilà le monde expliqué,
ouf!

* bécik à pédales cosmic

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