la couturière du métro

hier, dans le métro, il y avait à côté de moi cette jeune dame qui ne se tenait ni à la rampe, ni au poteau et qui, bien plantée sur ses deux pieds, était occupée à recoudre un bout de vêtement, et à mesure que le wagon se remplissait la dame et moi reculions vers le fond, moi, pas achalé comme je suis et toujours prêt à chanter la pomme, parce que la pomme, le fruit et le plaisir, on sait tous que c’est bon pour la santé, je lui dis, en désignant son aiguille qu’elle maniait expertement :
« va falloir que j’ me rentre la bedaine pour te laisser d’ la place, »
« faudrait pas que l’ train freine brusquement, » répliqua-t-elle, « sinon ça deviendra un trajet é-pique! »
ah, la vivacité de l’esprit, quelle beauté! surtout qu’elle avait des yeux pers vibrant de santé, il se trouvait qu’elle était chanteuse d’opéra et qu’elle reprisait un costume pour une production de Hansel et Gretel, comme quoi les artistes restent en général pas riches et surtout débrouillards,
« faut bien tirer profit du temps qu’on a, » dit-elle, en faisant référence à son travail de couturière en équilibre dans un métro en marche,
elle m’a demandé ce que je faisais de bon dans la vie, je suis poète raté, que je lui dis,
« raté ou pas, » dit-elle, « un poète, ça reste un poète, »
merveilleuse jeune femme!

Cette entrée a été publié dans fictions. Ajoutez en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *