la brassière

Suzanne étudiait en filosofie, elle voulait se spécialiser dans l’analyse des systèmes idéologics contemporains, elle rêvait de faire carrière à l’ONU, elle apprenait l’anglais, elle s’était décrochée une job d’été com vendeuse dans une boutic de vêtements pour fams, ça payait pas la fin du monde, mais ça suffisait à ses besoins, en plus des rabais d’employée dont elle bénéficiait, son t-shirt et ses jeans, ça venait de la boutic, plein d’ôtre linge ossi, Germaine, l’ôtre vendeuse, faisait pareil, elles étaient deux vendeuses, plus la boss,
«pis en automne, quand les cours vont r’commencer, ma boss m’a dit que j’ pourrais continuer à la boutic à temps partiel, on va naviguer ça selon mes horaires de cours, plus les fins d’ semaine,»
«ça fait qu’ tu vas rester?»
«absolument, ça, plus les prêts et bourses, pis j’ devrais être correcte, parce que j’ vis en appartement asteur, tu l’ savais-tu? non, tu pouvais pas l’ savoir, ça s’est faite assez vite, m’a t’ dire, j’en pouvais pu du bonhom,»
«ton père?»
«ouin, j’ sais pas comment ma mère a fait pour l’endurer, a l’a essayé d’ me r’tenir, a voulait pas que j’ parte, mais j’ai dix-neuf ans, tabarouette, ça fait qu’a pouvait rien faire, j’ les aime, mes parents, c’est pas la question, ben ma mère, j’ la visite une ou deux fois par semaine, quand l’ bonhom est pas là, parce que lui chu pu capable de l’ sentir, a passe à la boutic ossi des fois, pis a vient m’ voir chez nous, ça m’ fait tout drôle de dire chez nous, de r’cevoir ma mère chez nous, ç’a été une vraie libération pour moi cette job-là, surtout avec la boss que j’ai, est fine! est fine!»
«c’est où, ton appartement?»
elle affecta un petit air filou,
«pas loin, sur Des Forges, j’aimerais ça qu’ tu viennes voir plus tard, ou ben y faut qu’ tu rentres avec tes chums?»
«non, c’est pas obligatoire, en principe on crèche chez la tante à Pierre, a vit dans Trois-Rivières-Ouest, ou on se r’trouve chez Bill, y vit à une dizaine de rues d’icitte, mais com j’ai dit, c’est pas obligatoire, ça fait que oui, j’aimerais ben ça aller voir ton appartement plus tard,»
«tes chums pourraient v’nir eux ôt ossi, tsé? c’est pas grand, mais quand même, y a assez d’ place,»
«ben, chez Bill, on se r’trouve dans sa chambre, tsé veux dire? mais ta brassière, là, pour changer d’ sujet, tu l’as achetée à la boutic?»
«a paraît-tu tant qu’ ça?»
«ben non, c’est pas ça, sti, c’est parce que j’ l’ai sentie tantôt sur mon bras quand tu m’as chuchoté dans l’oreille, j’ai senti l’ bord, icitte, là,» d’un petit geste du doigt je pointai vers sa poitrine, «ben, faut dire, c’est pas juste ça qu’ j’ai senti, tsé veux dire?»
«mais tu sais pu quoi dire pour faire le subtil, toi,»
«c’est ça, tu m’ lis com un livre ouvert,»
«c’est pas difficile, pis c’est pas un livre, c’est un magazine, pis y est grand ouvert sur la page centrale,»
«qu’est-ce que t’as contre les pages centrales, toi?»
«rien, c’est juste que c’est sexiste, mais pour r’venir à ma brassière, où ça exactement qu’ tu l’as sentie?»
«icitte,» je montrai le muscle de mon biceps, «en fait, j’ vas t’ dire, mon biceps est encor tout gaillard d’avoir senti ton toton écrasé sur lui, r’garde, touche, y est tout dur,»
«ouin, m’est avis qu’y a pas rien qu’ ton biceps qui est dur,»
mais au lieu de toucher mon biceps du doigt elle se rapprocha à nouveau pour presser son toton dessus,
«com ça?»
«com ça, pis si j’osais j’ délémiterais ta brassière du doigt,»
«tu quoi?»
«j’ délémiterais ta brassière du doigt, com ça,»
je promenai le bout de mon index sur l’arrondi de son toton et j’appliquai une légère pression sur le bord de sa brassière,
«tu vois, là, j’ délimite,»
elle ne bougeait pas, je sentais son corps se tendre, en même temps se laisser aller, je remontai lentement la fine dentelle que je devinais sous le tissu du t-shirt, je parcourus son galbe et descendis de l’ôtre côté, je m’attardai au milieu, il y avait un creux sous le tissu, pas gros, son t-shirt lui collait à la peau, j’entrepris l’escalade de son toton gauche, elle se tourna le buste vers moi pour m’en faciliter l’ascension, mon biceps frémissait de grivoiserie sous la pression accrue de son toton droit, elle suivait mon doigt avec amusement, la tête penchée, moi je respirais son parfum à plein nez, ses mamelons pointaient sous le tissu,
«mais c’est qu’ c’est super intéressant, ça,» souffla-t-elle, le menton dans le cou, «descends donc d’ l’ôt bord, voir, pis continue donc par en bas tant qu’à y être, j’en ai des frissons, m’a t’ dire,»
moi j’en avais une velléité d’érection solide, mon index arpenteur s’était arrêté en haut du galbe, il se remit en route, jusque là j’avais gardé le pouce et les trois ôtres doigts repliés, je dépliai le pouce, il alla se cogner contre le mamelon durci, Suzanne lâcha un petit soupir sifflant, moi un wow intérieur fébrile, j’arrivais sous son toton, là ossi il y avait un creux en finesse, mon pouce descendait vers la vallée, j’ouvris les ôtres doigts et les laissai traîner sur son estomac,
«ouh, ça chatouille, arrête!» lança-t-elle, en riant et en gigotant, «non, arrête pas!» s’empressa-t-elle d’ajouter, «arrête pas!»
je la tirai vers moi, j’eus pas à tirer fort, nos lèvres se joignirent, son toton gauche reposait dans la coupole de ma main extasiée, notre baiser dura une grosse minute, sa langue communiquait directement avec mon totem, elle me caressait le cou de sa main gauche, ça flambait,
«ben oui, c’est ça, gênez-vous pas, osti, faites com si vous étiez tuseul au monde, tsé?»
c’était Bill, de sa table, il nous salua avec sa bouteille de bière, Pierre fit pareil, on se désenlaça, Suzanne et moi, on souriait large, on les salua à notre tour avec notre bière, puis j’entrepris de me rouler une cigarette,
«tu m’en roules-tu une? j’ai un paquet dans ma sacoche, j’ t’en donnerai une tantôt, mais là j’ai envie d’une roulée,»
«certain, sti,»
elle prit mon visage dans ses mains, me regarda les yeux dans les yeux, bruns noisette, les siens, pétillants de sagacité,
«tabarouette,» souffla-t-elle sur ma bouche, «on peut pas dire qu’ t’es gêné, toi,»
«c’est encor drôle, mais on peut pas dire qu’ t’es farouche, tsé?»
je finissais de rouler la cigarette, je la portai à ma bouche pour en licher le bord collant, que j’appliquai ensuite expertement, et la lui offris,
«quin, sti,»
elle retira ses mains de mon visage et prit la cigarette,
«tu l’as roulée sans r’garder!»
je pouvais rouler une cigarette les yeux fermés,
«un vrai Lucky Luke, sti,»
je sortis mon briquet, cliquai la flamme, Suzanne s’alluma, tira une longue pof, la souffla vers le haut,
«c’était un ben bon truc,» dit-elle, «j’en ai un pour toi moi ossi, r’garde ben ça,»
elle entreprit de retirer sa brassière sans enlever son t-shirt, je la regardai faire en roulant une ôtre cigarette, elle sortit sa brassiere par une manche com une prestidigitatrice, me la montra discrètement, puis la plia et la serra dans sa sacoche, je contemplai ses totons lousses sous son t-shirt, ses mamelons avaient durci à nouveau, ou n’avaient pas ramolli, j’allumai ma cigarette,
«pis oui, j’ l’ai achetée à la boutic, ma brassière,»
elle ne perdait pas le nord, la belle Suzanne, on continua de placoter com des bons, on parla de sociologie et de filosofie, justement, dans un de ses cours de la session dernière, elle avait exploré la question du sadisme de l’État, alimenté par la peur de l’ôtre et soutenu par la rationalisation de sa déshumanisation,
un moment donné deux bières apparurent sur la table, Bill payait sa tournée, Suzanne offrit de payer pour la sienne, Bill refusa, en même temps trois places se libérèrent à notre table, Bill et Pierre nous rejoignirent, quelqu’un vint demander la permission d’emporter à une ôtre table la chaise vide qui restait, un couple se glissa aux places que Pierre et Bill avaient laissées vacantes,
Bill revint à la charge avec son idée que Pierre devrait déménager à Trois-Rivières et que moi ossi je devrais faire pareil par la même occasion, Suzanne me demanda si j’avais envie de m’installer ici, je lui demandai si elle avait plutôt envie de s’installer à Montréal,
«j’haïrais pas ça, c’est certain, ça va dépendre à quelle université que j’ vas aller, probablement que j’ vas faire un premier cycle ici, à l’UQTR, mais après ça, pour la maîtrise pis ossi l’ doctorat, j’imagine qu’y va falloir qu’ j’aille à Montréal, mais toi, tu viendrais pas t’installer à Trois-Rivières?»
«c’est ça, j’ vas m’installer icitte, pis toi tu vas finir ton cégep pis tu vas déménager à Montréal, la belle affaire,» on éclata de rire, «mais j’y pense, là, pourquoi tu viendrais pas m’ visiter un moment donné?»
«c’t’ une idée, ça, j’aimerais ça, tu vis où, j’ veux dire …»
«une chambre dans l’ bas de la ville, une chambre meublée,»
«pas un appartement?»
«non, une chambre meublée, ça m’ suffit, sti,»
«dans une maison?»
«non, dans un building, avec les toilettes su’ le palier,»
«pas dans la chambre?»
«non, une au boutte du couloir pour toulmonde, ben sur l’étage, on est, attends,» je comptai mentalement, «y a sept chambres,»
«c’est pas ben ben commode, pis ça doit être sale, non?»
«non, c’est propre, notre concierge est ben strict là-d’ssus, pis en plus y a deux fams qui vivent à l’étage, ça fait que han?»
«pis toi,» dit Bill à Pierre, «tant qu’à être un artiste pôv, à Montréal ou à Trois-Rivières, ça r’vient au même, osti,»
«crisse, toi,» dit Pierre, «quand t’as une idée dans la tête tu l’as pas dans l’ cul, èsti,»
«ben quoi!» dit Bill,
«pis chu pas si pôv que ça, èsti, pis c’est pas juste ça, j’ te l’ai dit, la scène artistic montréalaise est quand même plus importante qu’ici,»
«plus importante?» dit Suzanne, «je pense pas, moi, plus grande, okay, mais pas plus importante, l’art c’est important partout,»
«j’ me suis mal exprimé,» dit Pierre, «mais pas si tant mal que ça, èsti,» ajouta-t-il, levant l’index, «y s’en passe quand même plus à Montréal qu’ici, tsé veux dire?»
«plus, okay,» dit Suzanne, «mais pas plus important, tsé veux dire, tabarouette?»
«c’est pas la quantité qui compte,» dit Bill, «c’est la qualité, tout d’un coup qu’ t’inventerais un nouveau style pictural qui f’rait rayonner Trois-Rivières partout dans l’ Québec, pis même dans le monde, tsé?»
«tu pousses, là,» dit Pierre,
«avec tes rectangles de lumière,» dis-je,
«ses rectangles de lumière?» demanda Suzanne,
Pierre entreprit d’expliquer sa vision de la lumière par rapport à la couleur et son projet de la matérialiser dans des rectangles, Bill et Suzanne trouvaient ça extrêmement intéressant et original, puis je demandai à Suzanne si ça lui tentait de fumer un joint, on irait d’abord, Pierre et Bill ensuite, histoire de veiller sur les places vides,
«certain,»
elle ramassa son jeancoat, on sortit dans la ruelle par la porte de service passé les toilettes,
«y est où, sur Des Forges, ton appartement?»
«juste après Hart,»
il avait cessé de pleuvoir, les nuages se tassaient, découvrant le ciel étoilé, la lumière d’un lampadaire s’ébouriffait dans les flaques d’eau, ça sentait frais, on s’était renfoncé tout proche l’un de l’ôtre dans un racoin, j’allumai le joint, on le fuma en faisant des blagues, tout bas, en chuchotant presque et en s’efforçant de pas rire sonore, ce qui nous faisait rire d’ôtan plus, le joint terminé on s’embrassa passionnément,
«qu’est-ce que tu dirais qu’on aille s’ promener su’ le quai?» me demanda-t-elle après, «pas tusuite, là, mais j’aim’rais ça, à moins qu’ tu préfères rester avec tes chums? ou peut-être qu’y voudraient v’nir eux ôt ossi?»
«ça t’ dérangerait-tu qu’y viennent?»
«ben non, voyons donc, pas du tout, pis, qu’est-ce que t’en dis?»
«va pour le quai, sti,»
on retourna à l’intérieur, Pierre et Bill allèrent fumer leur joint, à leur retour on les informa de notre intention d’aller se promener sur le quai, pas tusuite, là, tantôt, ça leur tentait-tu? non, pas vraiment, en tout cas Pierre, il avait assez marché pour aujourd’hui, alors Bill non plus, Suzanne paya sa tournée, je passai quelques joints à Pierre, je m’en roulais toujours à l’avance, le reste de ma marijane reposait dans le fond de mon sac chez Marguerite, je dis à Pierre de pas m’attendre, peut-être qu’on reviendrait au Maldoror après notre promenade, on savait pas, et je passerais probablement la nuit chez Suzanne, vers qui je jetai un coup d’oeil pour m’assurer, elle me lança un beau sourire,
«tu travailles demain?» lui demandai-je, «à quelle heure faut qu’ tu t’ lèves?»
«neuf heures et d’mi au plus tard, si j’ dors, on ouvre la boutic à dix heures le sam’di, pis c’est pas loin d’ chez nous, sur Royale,»
on continua de placoter encor un bout toué quatre, un moment donné Bill attira l’attention de Pierre sur deux filles qui venaient d’entrer et qui avaient l’air de se chercher une place, l’une d’elle regardait dans notre direction, Bill croyait la reconnaître, il n’était pas sûr, il lui semblait l’avoir déjà vue quelque part, faudrait vérifier, il fit allo de la main, elle fit allo de la main, sa copine fit allo à son tour, Pierre décida de faire allo lui ossi, on décida de caler le reste de notre bière, Suzanne et moi, pour partir et faire de la place, Bill fit signe aux deux filles de venir les rejoindre, ce qu’elles firent, bière en main, on se dit toulmonde bonsoir, à plus tard, Suzanne donna son numéro de téléfone à Pierre au cas où, je le pris en note par la même occasion, j’avais celui de Bill et de Marguerite,
l’acide commençait à entrer,

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