un petit tour et puis revient

Pierre avait eu la même idée que moi, il sortait de la douche quand j’arrivai chez Marguerite, Pierre mangeait un morceau dans la cuisine,
«hey, salut toi, pis, tu viens chez Bill à soir?»
«avec Suzanne, j’ m’en retourne chez elle tantôt, là a dort, pis vous ôt, hier?»
ils avaient passé le reste de la soirée au Maldoror avec Jocelyne et Monique, sortant deux par deux pour aller fumer un joint, Bill avec Jocelyne, Pierre avec Monique, pis une fois les deux gars tuseuls sans les filles, Monique était ben fine, disait-il, pas plus grande que lui, ce qui l’arrangeait bien, il était toujours un peu crispé avec les fams qui le dépassaient d’un peu trop, même s’il ne l’avouait pas et faisait semblant que pas du tout, ça n’avait pas cliqué immédiatement entre eux deux, c’est quand elle apprit qu’il était artiste qu’elle s’intéressa à lui de plus près, elle était artiste elle ossi, sculpteure, elle faisait dans le figuratif, le corps humain la fascinait, pour Bill et Jocelyne ç’avait cliqué tusuite, Bill avait fait le drôle et Jocelyne n’avait pas donné sa place pour faire la comic, après s’être enclenchée à quatre la soirée s’était embranchée à deux couples, avec les gârs qui se lançaient des clins d’oeil de connivence et les filles qui se penchaient l’une vers l’ôtre pour rigoler,
ils les avaient reconduites en taxi, Bill s’était assis en avant, Pierre en arrière avec Monique et Jocelyne, elles avaient débarqué ensemble en promettant d’aller au bbq et avaient couru jusqu’à leur porte d’entrée à cause de la pluie en leur envoyant des bye bye sur le palier, elles partageaient un appartement,
«pis on a même pas pensé à prendre leur numéro de téléfone, èsti!»
«une chance qu’y fait beau, sti,»
«pis ç’a l’air de vouloir durer, sinon on mangera en d’dans,»
je lui appris à propos de Marcel, notre lift pour Montréal, c’était plus de bonne heure que d’habitude, puis quand on avait l’automobile du père à Pierre on partait jamais avant minuit, en ôtant que l’automobile était stationnée devant la maison au matin pour que le père à Pierre puisse aller travailler, si on revenait en autobus Pierre créchait chez moi, c’était pas loin, on avait qu’à descendre sur Saint-Denis, il aurait pu s’en aller chez lui, on arrivait une quinzaine de minutes avant la fermeture du métro, mais se taper la ligne Berri-Demontigny jusqu’à Henri-Bourassa et de là la 69 jusqu’à Lacordaire, ça ne l’enchantait guère,
on s’échangea nos impressions sur l’acide qu’on avait gobé,
«d’ l’èsti d’ bonne acide,»
«mets-en, sti,»
un moment donné Marguerite se passa la tête par la porte entrouverte de la galerie en arrière et me demanda si j’étais bien occupé, non, pas vraiment, j’allais passer aux toilettes tantôt, c’était pas pressé, elle me fit signe de m’approcher, toujours la tête dans la porte, elle était avec son amie Violette et voulait savoir si je pouvais lui vendre un joint ou deux, si j’en avais assez com de raison, elle parlait pas fort, elles sortaient en filles à soir et avaient envie d’avoir du fun, elles iraient au cinéma d’abord, plus précisément à la cinémathèque qui présentait Les Mâles, après elles iraient dans un bar, elles étaient pas sûres encor lequel, Violette, debout devant la rampe, tournait la tête vers nous en souriant, Marguerite me demandait ça, m’expliqua-t-elle, toujours à voix basse, parce qu’elle se voyait mal essayer de trouver un pusher, surtout pour un joint ou deux, quand elles tôkaient, ce qui n’arrivait pas si souvent que ça, c’était toujours avec du monde qu’elles connaissaient et qui en avaient, mais ce soir elles voulaient s’offrir un petit trip ensemble, juste elles deux, certainement que je les dépannerais,
«on va t’ payer,»
«pas question, sti, c’est gratuit pour vous ôt,»
«t’es sûr?»
«oui chu sûr,»
«parce qu’on peut payer, c’est pas un problème,»
«t’as fini d’ t’astiner, là?»
«okay, okay,»
elle referma la porte, elle souriait, Violette me lança un clin d’oeil, je fis ma toilette, enfilai des vêtements propres, puis roulai une douzaine de joints, j’en refilai quatre à Pierre, il était venu me tenir compagnie dans la chambre d’amis, on s’était pris chacun une bière, on fuma un joint, on pompa notre nicotine, je rangeai le reste de mes joints dans ma poche de jeancoat avec mon sac de marijane, j’avais décidé de l’emporter avec moi, il m’en restait pour une dizaine de joints, on finit notre bière et on se prépara à partir,
j’allai retrouver Marguerite et Violette, elles avaient quitté la galerie, elles étaient dans la chambre à Marguerite, la porte était fermée, je frappai, Marguerite dit d’entrer, elles étaient assises sur le lit, je donnai les deux joints à Marguerite, puis je décidai que non, c’était pas suffisant, j’en sortis un troisième et le lui donnai,
«quin, les trois font la paire, sti,»
«les trois font la paire,» dit Violette, en riant,
«vous connaissez l’histoire du gâs qui s’en va sur une track de train?»
elles ne la connaissaient pas,
«c’est un gâs qui s’en va sur une track de train, y arrivent toué deux sur la track, les trois s’ mettent à marcher, l’ train les écrase toué quatre, y en reste combien?»
«ben voyons donc!» dit Violette,
«c’est d’ l’humour absurde,» lui dit Marguerite, «Pierre m’en raconte des moyennes des fois,»
«ça fait qu’y en reste combien?» répétai-je,
«logiquement y en resterait cinq, c’est ça?» dit Marguerite,
«c’est ça, sti,»
«j’ la comprends pas,» dit Violette, «c’est supposé d’être drôle?» ajouta-t-elle, avec un léger sourire,
«y a rien à comprendre,» dit Marguerite, «Pierre m’en avait conté une ôtre, c’est une devinette, attends, j’ me souviens pu,»
«c’est quoi qui est bleu pis qui monte pis qui descend?» dis-je,
«oui, c’est ça,» elle s’adressa à Violette, «c’est quoi qui est bleu pis qui monte pis qui descend?»
Violette ne prit pas le temps de réfléchir,
«j’ sais pas,»
«un bleuet dans un ascenseur,» dit Marguerite, «c’est ça que j’ te dis, de l’humour absurde,» puis, me montrant les trois joints dans sa main, «en tout cas, merci, là, t’es ben fin,»
«oui, merci beaucoup, là,» dit Violette,
je m’inclinai courtoisement, on se dit au revoir et on se souhaita une bonne soirée, Pierre de concert, venu se planter dans le cadre de la porte,

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