le Club de Rome

All these people that you mention, yes, I know them, they’re quite lame.
I had to rearrange their faces and give them all another name.
Bob Dylan, Desolation Row

«tu connais-tu ça, toi, l’ Club de Rome?» me demanda Suzanne,
«le Club de Rome? oui, j’ sais c’est quoi,» répondis-je,
«ben, y ont sorti leur premier rapport au début d’ l’année, Halte à la coissance qu’ ça s’appelle, pis y prédisent qu’ la croissance à tout prix d’ notre système économique pourrait très bien signifier la fin d’ notre civilisation d’ici la fin du 21ème siècle,»
«j’ai pas d. misère à l’ croire, on pille notre planète com si y avait pas d’ lendemains,»
«mets-en, toi,»
on était revenu du Rio après sa fermeture, on s’était préparé des sandwiches et du café chez Suzanne et on dégustait notre petit goûter assis sur son sofa-lit, on avait mis de la music, Bob Dylan, Highway 61 Revisited, pas forte, la music, on avait encor les oreilles qui bourdonnaient du volume des speakers au Rio,
«tu sais qu’y faut faire de quoi, han?» reprit-elle, «y faut s’arranger pour changer notre mode de vie, parce qu’on prend, on prend, on prend, mais on r’donne pas beaucoup, le matérialisme à tout prix, c’est pas la solution, c’ qu’y faudrait …» la sonnerie de sa porte d’entrée l’interrompit, «ça doit être les ôtres,»
elle se leva, ouvrit en haut et tira sur la corde le long de la rampe pour débarrer en bas, bientôt Pierre, Monique, Bill et Jocelyne firent irruption dans l’appartement,
«on fait juste passer,» dit Bill, «on s’en va manger une pizza au Royale, ça vous tente-tu de v’nir?»
le Royale restait ouvert 24 heures sur 24,
«ben, com tu peux voir,» dis-je, «on s’est faite un lunch, tsé?»
«vous pouvez manger icitte, si vous voulez,» dit Suzanne, «c’est pas d’ la pizza, mais c’est ossi bon,»
«ben, on voudrait pas manger toutt ta bouffe,» dit Jocelyne,
«y en a assez pour toulmonde,» dit Suzanne, «pis y a d’ la bière, pis y a du café frais dans l’ percolateur, j’ai du thé ossi,»
«moi chu fatiguée,» dit Monique, «pis j’ai faim, pis j’ai une de ces envies d’ pisser,»
Suzanne lui indiqua la direction de la chambre de bain, Monique s’y précipita,
ils avaient quitté le Maldoror une grosse heure avant la fermeture et avaient déambulé d’abord sur la rue du Fleuve, puis un peu partout dans les rues avoisinantes avec l’idée générale d’aboutir au Royale un moment donné,
«on reste-tu icitte?» s’enquit Jocelyne,
«moi j’ reste,» lança Monique en sortant des toilettes, «vous ôt faites c’ que vous voulez, mais moi j’ reste,»
«j’aime ça chez vous,» dit Jocelyne à Suzanne, «okay, les toilettes, pis ça urge moi ossi, t’es sûre qu’ ça t’ dérange pas qu’on mange ta bouffe?»
«j’ vous ai invité, tsé veux dire?»
Jocelyne disparut dans la salle de bain, Monique s’assura d’une petite mimic à l’adresse de Suzanne si c’était correct qu’elle passe dans la cuisinette, Suzanne répondit par une mimic affirmative,
«bon ben coucon,» dit Pierre, «ç’a tout l’air qu’on reste,»
après s’être soulagé chacun leur tour et s’être préparé ensemble un goûter dans la cuisinette, on se retrouva tous les six dans le salon à manger, à boire et à placoter, Jocelyne s’était faite un thé, Bill avait pris une bière, Pierre et Monique du café, Dylan avait terminé sa Ballad of a Thin Man, je me levai pour virer le vinyl de bord,
Jocelyne s’était assise dans le fauteuil en biais de l’ôtre côté de la table rectangualire, la lampe sur pied derrière elle, Suzanne dit que c’était là qu’elle s’assoyait pour lire, Pierre et Monique s’étaient installés avec nous sur le sofa-lit, Bill s’était posé une fesse sur le large bras du fauteuil à côté de Jocelyne,
Monique racontait une histoire drôle qui était arrivée à l’épicerie l’ôtre jour, Jocelyne souriait, elle la connaissait, il y avait eu un petit accident, quelqu’un avait échappé une bouteille de ketchup, Monique avait pas vu qui, mais elle avait vu un commis se précipiter avec une moppe et une chaudière dans l’allée où ça s’était produit, elle avait suivi, curieuse, et au moment où elle arrivait devant l’allée elle vit le commis qui glissait sur le ketchup, comment avait-il fait son compte, elle savait pas, il avait lâché sa moppe et sa chaudière, ça fit bimf et clang clong, le commis se rattrapa au panier d’une madame qui entrait dans l’allée, Monique était à l’ôtre bout, mais en se rattrapant au panier pour pas tomber le commis, qui réussit à garder son équilibre, avait causé un coup violent au panier, qui repoussa de trois pieds la madame qui le conduisait, elle revola sur un étalage de pots de condiments, une dizaine se fracassèrent au sol, la madame lâcha un immense « AH! », le commis un gros « TABARNAC! », du monde accourait de tous bords, Monique riait aux éclats,
«com dans une comédie, tsé?» dit-elle,
Bill en raconta une lui ossi, une glissade encor, au volant de son camion l’hiver dernier, il avait perdu le contrôle sur un bout de chaussée glacée, son camion avait dérapé vers la voie inverse, en direction d’un autobus, qui s’arrêta à temps, le camion de Bill passa à quelques mètres du devant de l’autobus, grimpa sur le trottoir et s’immobilisa dans une cour,
«j’ai eu chaud en osti, m’a vous dire, un pied d’ plus pis j’ rentrais dans l’autobus, pis j’allais pas vite, osti, l’ plus beau c’est qu’y avait rien d’endommagé su’ l’ camion, plus de peur que d’ mal, com on dit»
on y alla chacun de notre histoire, plus ou moins drôle ou dramatic, Pierre raconta la fois qu’on revenait lui et moi du Vieux au volant de l’automobile à son père, il faisait nuit, la rue qu’on avait empruntée était déserte, on était gelé, on était pas à jeûn, on chantait à tue-tête avec Hendrix dans les speakers quand, en plein dans notre lumière verte, BANG! une automobile nous rentra dans l’aile arrière gauche, on avait fait un tête-à-queue et on s’était retrouvé dans l’ôtre voie, on était pas dans notre tort, c’était toujours ça, l’ôtre conducteur avait brûlé un feu rouge, et personne était blessé, mais le père à Pierre était quand même pas content,
j’en profitai pour relater à Pierre notre petite rencontre avec André dans le parc,
«y est vraiment tordu, èsti,» dit Pierre,
Bill s’assura qu’on parlait bien du même André,
«oui, oui, c’est ben lui,» dit Pierre,
«ça fait longtemps qu’ j’ l’ai pas vu, lui,» dit Bill, «la dernière fois c’était, attends, l’automne passé, j’ me souviens même pu d’ quoi on parlait,» il se tourna vers moi, «com ça, tu l’as poussé pis y est tombé su’ l’ cul, ben faite pour lui, osti, moi j’y aurais descendu mon poing s’a yeule,»
on placota encor un bout, puis je racontai mon expérience avec Hendirx, un Devil’s Disciples que j’avais connu grâce à ma relation avec Mike, Hendrix, une pièce d’hom, et deux ôtres Devil’s avaient choisi le Nelson dans le Vieux com point de vente de dope, et souvent, quand je me retrouvais dans les parages et qu’on m’approchait parce qu’on se cherchait de la dope, avec mes cheveux longs, ma barbichette et mon habillement j’avais l’air, sinon d’un pusher, du moins de quelqu’un qui savait où en trouver, je demandais qu’est-ce qu’on voulait, combien, je disais de m’attendre ici, j’en avais pour une dizaine de minutes, j’allais au Nelson, à la table d’Hendrix, passais la commande, il me refilait discrètement la dope, je lui refilais le fric tout ossi discrètement, je retournais auprès de mes acheteurs, me faisais payer, leur remettais la dope, toujours est-il qu’un soir, après avoir ainsi vendu pour Hendrix plusieurs douzaines de fois, on était au Nelson Pierre et moi, on aimait bien temps en temps y boire un pichet de bière avant d’aller Chez Dieu ou au Plexi, voilà-t-y pas le gros Hendrix qui se lève de sa table, il passe au bar, puis vient s’assoir à ma droite avec deux pichets, avale la moitié du sien en trois grandes gorgées, me passe une once de marijane sous la table, avale le reste de son pichet en trois ôtres grandes gorgées, rote sonore, se lève et retourne à sa table, il avait pas dit un seul mot, à peine m’avait-il salué et ç’avait été com si Pierre n’existait pas, c’était sa façon à lui de me remercier pour l’intérêt que je portais à ses affaires,
Dylan en avait fini avec sa belle et longue chanson Desolation Row, on avait pas remis de la music, Monique bâillait com une bonne, elle était fatiguée, elle voulait rentrer, Pierre lui dit qu’il allait la reconduire, Bill et Jocelyne décidèrent de partir eux ossi, ils se ramassèrent, on se dit au revoir,
«hey,» dit Suzanne, juste au moment qu’ils s’apprêtaient à descendre l’escalier, «qu’est-ce que vous diriez qu’on aille souper au Sorrento demain? ça serait l’ fun, non?»
c’était une bonne idée, on se retrouverait toulmonde au Sorrento vers 18 heures, Pierre me demanda si j’allais passer chez sa tante dans l’après-midi, oui, j’y avais pensé, histoire de me débarbouiller et de ramasser mes affaires,
«j’ vas passer vers trois, quatre heures,» dis-je, «j’imagine que ta tante va être là?»
«sais pas,» dit Pierre, «j’ vas l’appeler demain sur l’heure du dîner,»
«si tu t’ lèves,» lui dit Monique avec un sourire en clin d’oeil,
«j’ vas ben me l’ver un moment donné, tsé?» lui dit-il, souriant, puis, se retournant vers moi, «vers trois heures, quatre heures, okay, ça va,»
ils partirent, on finit de ramasser, Suzanne et moi, le soleil grimpait déjà par-dessus les toits, on éteignit tout, on ouvrit le sofa-lit, on passa aux toilettes, on fuma une dernière cigarette, on se flanqua flambant nu, on s’enroula dans notre couverte, on se caressa un bout, j’avais durci raide, mais Suzanne était trop fatiguée,
«ça t’ dérange-tu qu’on fasse ça quand on va s’ réveiller?» dit-elle, «chu trop fatiguée, moi là, là,»
«pas d’ problème,» dis-je,
«même si j’ vas être toute décoiffée pis pas maquillée?»
«j’ te r’garderai pas, c’est toutt,»
«hm, t’es un vrai gentilhom,»
«eh oui, qu’est-ce que tu veux que j’ te dise, sti,»
on s’embrassa une dernière fois, je lui caressai un toton, histoire d’en profiter un ti peu, elle rigola, puis ferma les yeux, je fermai les miens, j’étais fatigué moi ossi, je m’enfonçai tranquillement dans une galerie d’images et de sensations érotics mauves et dorées, le totem au garde-à-vous,

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *