la question de l’univers

«on est la réponse à la question que l’univers se pose,» disait Pierre au moment où on reprenait notre place à la table de pique-nique,
«quelle question?» demanda Monique,
je lui avais remis son haschich et j’avais passé le joint à Bill pour qu’il l’allume,
«pourquoi,» répondit Pierre, «pourquoi l’univers plutôt que rien, c’est ça la question,»
«pis nous ôt on s’rait la réponse?» dit Jocelyne,
«en plein ça, l’univers est une question pis nous ôt on est sa réponse, l’univers se définit à travers notre conscience,»
«j’ comprends pas, là,» dit Jocelyne,
«nous ôt, pis toutes les ôt entités conscientes dans l’univers ossi, on est toutt des réponses à la question de son existence,»
«ça, c’est c’ qui veut dire, lui,» dis-je, «moi j’ vois ça de l’ôt façon, qu’on est des grosses questions pis l’univers est notre réponse,»
«d’ôt consciences,» dit Monique à Pierre, «tu veux dire qu’y aurait d’ôt vies ailleurs dans l’ cosmos?»
«pour en avoir,» lui dit Pierre, «ça, y en a,» il se tourna vers moi, «han?»
«mets-en, sti, prétendre qu’on est la seule vie consciente dans un univers qui contient des milliards de galaxies qui contiennent des milliards d’étoiles, c’est pour le moins présomptueux, tsé veux dire? pis pas juste sur des planètes, la vie, pis la conscience, dans l’espace intersidéral ossi, les gaz conscients de Lovecraft par exemple, c’est juste d’ la fiction, mais c’est pas bête,»
«quand on pense aux formes de vie dans l’océan,» dit Suzanne, «y en a des bizarres en tabarouette,»
«mais c’est vrai, ça,» dit Monique, «ça s’rait fou d’ croire qu’on s’rait la seule vie intelligente dans l’univers,»
«intelligente,» dit Bill, «faut l’ dire vite, tsé?»
«moi j’ comprends toujours pas l’affaire d’ question pis d’ réponse,» dit Jocelyne,
«ben nos mythes,» dit Pierre, «on en parlait tantôt, c’est des réponses au pourquoi d’ l’univers, pourquoi qu’y a un univers plutôt que rien? on répond avec la mythologie, pis dans la mythologie j’inclus la religion,»
«ben ça veut pas dire qu’ l’univers est une question,» dit Jocelyne, «ça veut juste dire qu’on répond à la question qu’on s’ pose sur l’univers, non?»
«oui,» dit Pierre, «mais moi j’ dis qu’ c’est l’univers qui s’ pose la question d’ sa propre existence pis qu’ c’est l’univers qui s’ répond à travers nous ôt,»
«m’ouin,» dit Jocelyne, «c’est pas un peu emberlificoté, ton affaire?»
«pantoute,» dit Pierre,
«le cosmos est un solipsisme à géométrie variable,» dis-je,
on rigola toulmonde, le joint tournait et tournait, un joint de haschich et de marijane bien roulé dure longtemps,
«ça sent bon icitte!» c’était monsieur Ouimet, revenu s’accoter sur la clôture, son verre de gin à la main «mais faites attention, là, les jeunes, c’est pas tous les voisins qui apprécient l’odeur, si vous voyez c’ que j’ veux dire,»
«en voulez-vous une pof?» dit Bill,
«non, non, c’est pas pour moi, ça,»
«ça vous dérange-tu qu’on en fume?» demanda Monique sur un ton légèrement provocant.
«moi? si ça m’ dérange?» dit monsieur Ouimet, «veux-tu que je t’ dise, la jeune? j’ m’en crisse complètement, vous fumez votre stuff, moi j’ bois mon gin, pis l’ reste, tsé?» il revint à Bill, «mais Bill, j’ai oublié tantôt, j’ai acheté ma laine minérale pour mon grenier, pis si ça t’adonnait une fin d’ semaine pour m’aider à l’installer, c’est pas pressé, du moment qu’ ça soye faite avant l’hiver, j’ veux faire une chambre d’amis dans l’ grenier, ben, à vrai dire, c’est mon gâs qui va prendre la chambre,»
«c’est ça que j’ f’rais moi ossi,» dis-je, «une chambre dans un grenier, y a rien d’ mieux, sti,»
«mets-en, èsti,» dit Pierre,
«y a quel âge?» demanda Monique, «votre gâs, y a quel âge?»
«y a huit ans, y s’appelle Michel, pis moi ça m’ dérange pas, y aura sa chambre en haut, pis on aura une chambre pour les invités en bas,»
«vous avez-tu d’ôts enfants?» demanda Jocelyne,
«non, juste Michel, ma fam a voudrait ben une fille, ça fait qu’on s’essaye, mais qu’est-ce que tu veux, on peut pas toultemps réussir, han?»
le joint achevait, il avait fait le tour quatre fois, il s’était arrêté à Pierre, monsieur Ouimet nous avait regardé le téter à tour de rôle avec amusement, après l’avoir allumé et en avoir tiré une première pof Bill l’avait passé à Jocelyne, ensuite d’elle à moi, de moi à Suzanne, d’elle à Monique, finalement à Pierre, qui l’avait repassé à Bill, et que le joint fut consumé rendu à Pierre au quatrième tour ça voulait dire que je l’avais parfaitement roulé. je fis signe à Pierre de me refiler le mégot, que je glissai dans un compartiment de mon porte-feuille,
«tu gardes les boutts?» demanda monsieur Ouimet,
«ben quin, pas d’ gaspillage, sti,»
«comment tu vas l’ fumer?»
«dans ma pipe, j’enlève le filtre, j’ déchire le papier, j’ fume c’ qui reste, vous seriez surpris, à la longue, à force de ramasser les mégots on se r’trouve avec une bonne pipée,»
«tu fumes la pipe, toi,»
«non, non, pas une pipe à tabac, là, une tite pipe grosse de même à peu près,»
je montrai un espace d’environ six centimètres entre le pouce et l’index,
«ah ben coudon, pourquoi pas, han? bon ben j’ vas vous laisser, les jeunes,»
on se souhaita derechef une bonne soirée,
on resta encor une grosse heure et demi à placoter com des bons, au cours de laquelle je roulai un second joint de haschich et de marijane, que j’allumai cette fois-ci, puis que je passai à Suzanne, de là il fit le tour dans le même sens que tantôt, quatre fois, pour finir sa course à Jocelyne, j’étais un expert! elle me donna le mégot, que glissai à côté de l’ôtre dans mon porte-feuille,
puis on diguidina pour le Maldoror, les filles devant, les gâs derrière,

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *