un ôtre petit tour et puis revient

j’arrivai chez Marguerite vers 15 heures 33, je passai aux 12 heures histoire de voir la synkronicité, 3:33, revins aux 24 heures, ben, j’arrivais pas exactement chez Marguerite à 3:33, je m’engageais dans sa rue quand je regardai ma montre, Pierre était assis sur les marches de la galerie en bas, propre et changé, je m’assis à côté de lui et me roulai une cigarette,
«fas-tu longtemps qu’ t’es arrivé?» lui demandai-je,
«trois quarts d’heure à peu près, on est parti ensemble, Bill pis moi,» il observa un moment de silence, «m’a t’ dire, moi, je r’viendrais toutes les fins d’ semaine juste pour Monique, èsti, c’est pas que chu amoureux d’elle, tu m’ comprends ben,»
«faudrait pas, sti,»
«non, mais com fille, là, a l’est kèk chose, pis pas juste fysic, si tu vois c’ que j’ veux dire,»
«ah, j’ le vois, sti, fais-toi-z’en pas pour ça, j’ le vois, pareil pour moi avec Suzanne,»
on s’était préparé un lunch après nos ébats amoureux, elle et moi, on avait placoté un bout, j’avais téléfoné chez Bill, sa mère m’avait répondu, Bill et Pierre n’étaient pas encor rentrés, je lui avais dit qu’ils étaient chez Jocelyne et Monique,
«les deux filles d’hier?» avait-elle demandé,
«ouin,» avais-je répondu,
«ah ben, tant mieux pour eux ôt, pis toi?»
«chu chez Suzanne,»
«celle avec qui t’étais hier?»
«celle-là même,»
«ben oui, que chu bête, j’aurais dû y penser, m’a dire com on dit, vous vous gênez pas, vous ôt, les jeunes?»
«faut ben en profiter l’ temps qu’on est jeune, sti, pis vous, j’imagine qu’ vous vous ennuyez pas non plus, han?»
«hey, toi, rentre pas dans mon personnel, mais, pour être franche, là, non, j’ m’ennuie pas,»
on s’était souhaité un bon après-midi, j’étais resté chez Suzanne encor une heure, on avait remis ça sexuellement, une petite vite, c’est moi qui le lui avait demandé, vu qu’après le Sorrento on se reverrait pas pour j’ignorais combien de temps, en plus qu’on s’était pas vraiment rhabillé, mes shorts, ses p’tites culottes et sa brassière, elle voulait bien, elle m’avait demandé comment je voulais ça, je le lui avais dit, à quatre pattes par terre par en arrière,
«j’aime ça des totons qui pendent, sti,»
«okay,» avait-elle dit, en riant, «quin, on va s’installer devant l’ sofa-lit,»
on s’était flanqué tounu, on s’était installé à quatre pattes par terre, elle appuyée au siège, ses totons qui pendaient magnifiquement, moi derrière, j’étais déjà dur, j’avais caressé son castor, il était mouillé, j’étais entré et j’avais pompé, ça nous prit une dizaine de minutes, on vint en même temps en secousses joyeuses, après quoi je m’étais sommairement rincé dans les toilettes, Suzanne prendrait une douche après mon départ, je m’étais rhabillé, puis j’étais sorti et j’avais marché jusque chez Marguerite sous un gros soleil chaud,
«t’en vas-tu chez Bill direct tantôt?»
«non, on a décidé d’ se r’joindre chez les filles, après ça on va aller te r’joindre chez Suzanne, hey, tu paieras pour moi au Sorrento, y m’ reste pu assez d’ fric,»
je plongeai ma main dans ma poche de jeans et en tirai mes billets de banque, il me restait 45 $, je lui refilai un vingt,
«merci, j’ te r’vaudrai ça un jour,»
«c’est juste d’ l’argent, c’est pas important, l’argent c’est une illusion, t’auras juste à m’ donner une de tes peintures, quin, une de tes rectangles de lumière, là, avec le temps ça risque de valoir cher, ça là, là, tsé veux dire?»
«m’ouin, ça peut prendre du temps en èsti, tsé veux dire? pis toi, poète, c’est pas ben ben payant, une chance qu’ t’aime ça travailler com waiter,»
«han, c’est pas si pire com job,»
madame Frenette sortait de chez elle, elle barra sa porte, marmonna quelque chose à ses minous, descendit les trois marches de la galerie en se tenant à la rampe, elle nous avait vus et nous avait envoyé la main, elle vint dans notre direction, elle marchait lentement, pas com si elle avait de la difficulté à marcher, elle savourait l’été, le calme d’un dimanche après-midi, elle s’arrêta devant nous,
«bonjour vous deux,»
«bonjour madame Frenette,» dit Pierre,
«bonjour madame Frenette,» dis-je,
«c’est toute une belle journée aujourd’hui, han? y fait chaud, mais pas trop, y a une tite brise tiède, j’ai d’mandé à Armand, c’est mon mari, j’y ai d’mandé de v’nir s’ promener un boutte avec moi, y voulait pas, y a une game de baseball à tv, vous écoutez pas ça, vous ôt, le baseball?»
«non, moi, madame Frenette, les sports, là, c’est pas mon fort,» dis-je,
«à part la course automobile,» dit Pierre, à mon intention,
«la course automobile, oui,» dis-je, «la Formule 1, à part ça, là, …»
«la Formule 1?» demanda-t-elle, «c’est spécial, ça?»
«la course de Formule 1,» répondis-je, «c’est l’ top de ce sport-là, le trophée c’est com la coupe Stanley au hockey, c’est les voitures les plus rapides pis les plus perfectionnées, à l’avant-pointe d’ la teknologie automobile, pis les pilotes, ben, c’est les meilleurs pilotes au monde, en tant qu’ pilote tu peux pas monter plus haut, pis y sont pas nombreux, deux douzaines, pas plus,»
«ah ben, si j’ savais ça, moi,» dit madame Frenette, puis, s’adressant à Pierre, « toi, t’aimes-tu ça? »
«non, pas vraiment, chu pas dans les sports pantoute,»
«moi non plus,» dit-elle, en riant, «pis une chance qu’on a deux tvs, on a la grosse dans l’ salon, pis une portative dans la cuisine, com ça quand Armand écoute ses sports, moi j’ peux écouter quelque chose d’otre su’ l’ôt poste, surtout l’ samedi quand y a la soirée du hockey, moi j’ préfère le film à l’ôt poste, mais y a quand même pas mal d’émissions qu’on aime écouter ensemble,»
«sont-tu en couleurs, vos tvs?» demanda Pierre,
«les deux, on peut ben s’ payer ça pour notre retraite, han?»
«ben quin,» dit Pierre, «vous l’avez ben mérité toué deux,»
«j’ comprends donc qu’on l’a mérité,» dit-elle, «Armand a travaillé assez fort pour ça, 40 ans sur la construction, y a commencé com helper, y a fini foreman sur des gros chantiers, ça fait qu’asteur c’est l’ temps d’ se reposer, bon, j’ vas continuer ma tite marche, moi, Marguerite est-tu en haut?»
«oui,» dit Pierre, «voulez-vous y parler?»
«non, non, dérange-la pas, j’ vas passer la voir dans l’ courant d’ la semaine, bon ben bonjour, là,»
«bonjour, là,» dit Pierre,
«bonjour, là,» dis-je,
madame Frenette s’éloignait à petits pas pépères,
«bon,» dis-je, «moi j’ m’en vas prendre une douche, sti,»
«j’ vas monter avec toi, m’a préparer du café,»
«excellente idée,»

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